Ma si chère Petite Madeleine de Proust !

Qui dit Noël, dit marché de Noël, et thé aux épices. C’est juste obligatoire… Mais dangereux ! Là, comme ça sans prévenir, en passant dans ma cuisine, je viens de me faire attaquer par une odeur persistante issue d’un fond d’infusion de thé abandonné dans l’évier.
Pourquoi l’éveil des sens fait-il ressurgir si brutalement certains souvenirs ? Les petites madeleines, ça ne prévient pas !

Ça n’est pas la première fois, et pourtant à chaque fois je me fais avoir : une de mes petites madeleines à moi, c’est le gingembre. Il me transporte invariablement tout droit vers le passé, plus exactement en février 2012 !

Cela semble tortueux comme résonnement de la part d’un cerveau, mais à l’époque nous étions invités en Inde, à l’occasion du mariage traditionnel d’une amie dans le nord du Rajasthan… Alors ce premier voyage en terre inconnue m’a laissé une double trace, tout à fait INDÉLÉBILE.

L’Inde en soit, c’est déjà bien plus qu’un voyage, à tout point de vue. Un vrai coup de poing dans le ventre à vous couper le souffle, pour ceux à qui cette découverte parle… Des coutumes du quotidien qui ne ressemblent à aucune de celles de notre monde aseptisé et moderne, des croyances que nous ne pouvons décemment pas tout à fait comprendre, mais aussi des couleurs, des odeurs qu’une mémoire olfactive et visuelle ne peut jamais jamais jamais ja-mais oublier. Et bien sûr un sentiment tout emmêlé de fascination, de rage, d’incompréhension et de tristesse…

Évidemment, comme c’était encore trop banal, le hasard s’est mêlé de ce périple si différent, puisque quelques heures avant notre départ de Paris nous apprenions la bonne nouvelle, mon mari et moi. Mi-amusés, mi-inquiets, nous regardions les 2 barres d’un test de grossesse attestant qu’un petit têtard grandissait au fond de mon ventre, alors que l’on apercevait encore dans le creux de mon bras la trace de piqûre des rappels de vaccins réglementaires et indispensables à une immersion en terre inconnue et biologiquement hostile à nos pauvres petits corps d’européens affaiblis.

« Hum, sympa c’est malin ! Qu’est-ce qu’on fait ? On y va quand même ? » Un peu hébétés, il nous a fallu un 2ème test de grossesse acheté dans une pharmacie de l’aéroport de Roissy et sa mise en pratique dans notre chambre d’hôtel à Delhi pour prendre vraiment la mesure de cette nouvelle étape de vie qui s’imposait, dans un décor plutôt inattendu…

Alors pendant 15 jours, nous avons vécu l’Inde comme nous ne l’aurions jamais vécu sans ce tout petit détail (enfin, surtout moi), avec un multiplicateur de sensations et d’émotions !

Mon nez ne s’en est toujours pas remis, la preuve… et la nausée qui m’habitait alors quotidiennement ne sait toujours pas si elle prenait son origine dans mes découvertes extérieures ou intérieures. Tous les jours de ce néanmoins superbe voyage, je construisais un bouclier autour du petit fœtus que j’abritais, et je nourrissais une haine féroce contre ce pays qui m’agressait de sensations beaucoup trop brutales pour moi. Le comble : j’étais en excellente forme et invincible à toute intrusion microbienne, pendant que monsieur vivait à mes côtés une réinitialisation totale de sa flore intestinale…

Alors pendant que nous parcourions le Triangle d’Or, j’ai passé mon temps à guetter des valeurs culinaires sûres sur le bord des routes (Pizza Hut, Mc Donald’s ou autre temples de la malbouffe pour ne pas les citer) pour étancher ma faim et compenser mon incapacité à ingérer le moindre plat local, le tout dans l’incompréhension totale de notre groupe d’amis qui me prenait pour une emmerdeuse gloutonne, il faut le dire. C’est bien la première et la dernière fois que j’ai faisais un caprice pour exiger une margarita à l’autre bout du monde…

 

Les odeurs perçues par la maman peuvent-elles influencer le bagage olfactif d’un futur humain à l’état embryonnaire ? Je n’en sais strictement rien ; mais j’ai hâte de le découvrir avec celle que je vois maintenant grandir chaque jour à mes côtés et que j’ai sans le savoir si justement nommée…

Merci à Nadoo pour la découverte de ce thé de Noël, grâce à toi, je replonge dans de si doux souvenirs 🙂


 

Pour aller plus loin :

La génèse du passage de la Petite Madeleine chez Marcel Proust (d’abord pain grillé, puis biscotte)

Du côté de chez Swann

 

 

 

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Doudou, un conte au grand air

Pour notre première excursion à la bibliothèque, nous avons eu la main heureuse ! Quelle belle découverte visuelle.

Un univers qui en seulement quelques doubles pages nous transporte dans les plaines britanniques. Une petite troupe lâchée dans la nature, des enfants, un chien bien sûr. Des petits bonheurs simples !

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Des silhouettes tout en mouvement, croquées à l’aquarelle avec une précision et un réalisme magnifique. Il n’y a qu’à se plonger dans les planches pour entendre la petite fille pleurnicher et baver, les herbes hautes siffler, et pour sentir l’odeur du chien mouillé et de la bouse de vache. Les tenues sont un clin d’oeil à une époque lointaine et douteuse de nos adolescences en mode camouflage. Doux souvenirs !

Aller, je me permets un gros plan sur la gueule du compagnon d’aventure… Avec son air un peu triste et l’œil rivé sur ses petits maîtres, mi-blasé mi-inquiet, il a tout d’un vrai.

 Doudou_RuthBrown_chienA seulement 2 ans (« et demie, maman! »), c’est un des coups de cœur de l’aînée pour les temps calmes et la rêverie !

> Lire « Doudou » maintenant

Notre petite bibliothèque de meute

Parce qu’essayer de travailler à la maison, en ces périodes de week-end prolongés en panne de crèches, cela ressemble un peu à ça :LaPetiteMeutedeLili_weekend_mai2015

Je ne m’acharnerai pas coûte que coûte à jouer les entrepreneurs. Ok ok… Vous avez gagné ^^

Au lieu de cela, nous en profitons pour inaugurer notre nouvelle bibliothèque DIY en lit de poupée, installée et déjà remplie à craquer de petits et gros livres, achetés, chinés ou empruntés !

Mine de rien, j’ai déjà accumulé une petite pile de trésors que je tenais à présenter à mes 4 p’tits yeux avides d’images et de récits. Mais je n’avais pas encore trouvé la méthode de rangement adéquate pour leur permettre de visualiser les couvertures du premier coup d’oeil, tout en n’ayant pas à escalader les étagères de notre propre bibliothèque. C’est maintenant chose faite nous avons notre petit bac à 360°, et plus d’excuses pour ne pas ranger ! YAPLUKA lire, ou relire !

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L’occasion de passer quelques bons moments au chaud, tout en écoutant la pluie tomber, tomber, tomber à n’en plus finir… Déformation professionnelle oblige, nous présenterons au fil de l’eau nos coups de coeurs jeunesse, avec un peu ou beaucoup de chien(s) à l’intérieur.

A SUIVRE…

 

Voler un sourire dans le métro…

Aujourd’hui c’est vendredi… je lève (un peu) le pied dans mon rythme infernal. Ce matin mon homme m’a très gentiment laissé dormir jusqu’à 9h après une nuit très saccadée… et s’est même chargé d’acheminer chipie n°1 jusqu’à sa crèche.

J’ai eu le temps de passer l’aspirateur ; de concocter une délicieuse purée aux carottes fait maison pour chipie n°2, plutôt que de choisir encore la solution facile de simplement l’allaiter. Oh grand luxe j’ai même réussi à faire un peu de stock de lait pour la halte-garderie la semaine prochaine, même si j’en ai plus que marre de savoir que le contenu quasi entier de chaque précieuse bouteille de mon or blanc finit dans l’évier… grrr.

J’ai réussi à boire un doux café. Chaud en plus, et même pas réchauffé 3 fois. Cet après-midi j’attends même 4 copines pour une séance d’initiation au massage bébé, avec une future diplômée pour laquelle nous jouons les mamans testeuses. L’occasion d’une parenthèse agréable pour papoter et parler bébé….

J’ai encore mille choses à faire, mais TANT PIS.

Alors, l’esprit certainement un peu plus disponible, mon œil a accroché un détail que je ne voyais plus sur notre tableau d’affichage familial. Cette petite note griffonnée sur un coin de papier journal et déchirée à la va-vite me fait pourtant toujours le même effet.

Du temps de notre vie parisienne, et quelques semaines après lui avoir annoncé la bonne nouvelle, j’avais offert à mon homme, futur-super-papa-sans-le-savoir, le guide Comment devenir père. Contre toute attente, après une moue dubitative il l’avait secrètement dévoré en à peine 3 petits jours… pendant ses trajets dodo-boulot-dodo (car en ce temps on dormait encore).

Et un matin, une dame s’est tout simplement émerveillée à la vue de mon grand dadet encostumé, tout affairé à sa lecture, ses gros sourcils froncés. En face de lui, elle n’a cessé de le regarder, toute attendrie et souriante. Et lorsqu’elle s’est levée, à l’approche de sa station, elle a simplement et timidement déposé sur les genoux du futur papa cette jolie note, sortie du fond du cœur.

Clindoeil

Dans ce monde de brutes les petites attentions sont encore plus visibles. Et j’ai toujours les larmes aux yeux, 3 ans après. Chère anonyme madame, l’encre est un peu passée, mais vous aviez tellement raison ! Merci d’avoir vu si juste…

Partition canine

Avec les beaux jours revenus, et mes envies de bouquiner sur ma chaise longue de compétition, me voilà en train de refermer un livre que je n’avais pas eu le loisir d’ouvrir jusqu’ici : Mélodie, chronique d’une passion, du japonais Akira Mizubayashi – lauréat du prix littéraire 2013 de la Société Centrale Canine.

MelodieL’auteur y livre dans une écriture simple et en langue française les souvenirs que la vie en compagnie de son golden retriever lui ont inspiré au fil des événements, et du simple quotidien. Au-delà des sentiments que chaque maître vivra un jour ou a déjà vécu à la perte d’un si cher compagnon, l’auteur aborde avec une philosophie très accessible et personnelle la condition du chien citadin aux côtés de l’homme.

Les parallèles aux références musicales de ce fin mélomane sont finalement annexes dans ce témoignage, et ne doivent pas arrêter le lecteur ‘inculte’. Au contraire, sa jolie plume donne ou redonne goût à l’écoute de la musique classique.

Bien entendu, il m’a fallu lire ce livre en cachette, et en plusieurs fois, car les larmes se mettent vite à couler. Partagée entre la peur de la douleur ravivée, et le besoin de lire l’hommage si réconfortant d’un humain à son plus fidèle compagnon, j’ai tout de même fini par atteindre l’épilogue…

 

Révisons nos classiques

« TOUT EST BIEN sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. Il force une terre à nourrir les productions d’une autre, un arbre à porter les fruits d’un autre ; il mêle et confond les climats, les éléments, les saisons ; il mutile son chien, son cheval, son esclave ; il bouleverse tout, il défigure tout, il aime la difformité, les monstres ; il ne veut rien tel que l’a fait la nature, pas même l’homme ; il le faut dresser pour lui, comme un cheval de manège, il le faut contourner à sa mode, comme un arbre de son jardin. »

Livre Premier, Emile ou De l’éducation, Jean-Jacques Rousseau

Cet extrait peut se passer de tout commentaire ! Il est si universel et intemporel que l’on ne peut qu’en rester sans voix et songeur quand à la bêtise de l’être humain. Alors c’est vrai, certains me diront que Rousseau était le moraliste le plus mal placé pour donner des leçons… Quelques pages plus loin, il constate en effet tout aussi joliment les vertus de l’allaitement sur l’enfant, alors que lui-même a abandonné ses propres rejetons à l’assistance publique.

Certes… J’avais tout de même envie de partager ces quelques lignes, qui me glacent le sang : comment pouvons-nous garder la tête si haute au début du XXIème siècle alors que nous faisions DÉJÀ un constat si alarmant à une époque où les civilisations n’avaient pas aussi visiblement détruit et façonné la nature ?

Merci Alfred

Pour cette instructive infographie parisienne… Mais il faut agir vite, la population canine commence bel et bien à décroître, au profit des félins. Pourquoi ? De nombreux propriétaires (ou non) vivent le chien comme une contrainte. mercialfred